Wednesday, 10 February 2010
Colombie : du 19 janvier au 03 février2010 
Il est près de vingt trois heures quand nous posons le pied sur le sol Colombien. La Colombie est pour nous le début du dernier tronçon de notre périple autour du monde. Le prochain bateau sera pour la mère patrie. Nous embarquons à quatre dans un minuscule taxi Chevrolet et direction l'hôtel Bellavista dont nous avons relevé le nom dans le Routard. L'hôtel a du être beau avec ses patios arborés, sur le bord de la mer des caraïbes, mais c'était il y à longtemps. Aujourd'hui, faute d'entretien, la porte de la chambre ne ferme plus, la douche n'est plus qu'un tuyau, le ventilateur est à peu près aussi bruyant qu'un rotor d'hélicoptère et les lits sont creusés par des centaines ou des milliers de nuits de sommeil. De plus, la gérante qui parle français a du à un moment donné appartenir au KGB ou quelque chose avoisinant car elle ne nous quitte pas des yeux et semble animé d'espionnite aigue. Dans ces conditions, au réveil, avec Nicolas, nous partons à la recherche de quelque chose de plus sympa et plus près de la vieille ville car nous sommes à Cartagena pour quelques jours. Nous trouvons notre bonheur à quelques pas de la porte principale de la vieille ville : l'hôtel Centenario, climatisé et confortable avec une cuisine où nous pouvons préparer le café et les repas si le cœur nous en dit pour quelques pièces de plus. De plus il est équipé de wifi et d'un salon confortable où les enfants pourront s'occuper. A treize' heures, le transfert de bagages est terminé et nous pouvons commencer à arpenter la vielle ville. 
Fondée en 1533 par les Espagnols, la ville devint rapidement un des principaux ports du Nouveau Monde et connue un passé agité. Plusieurs fois assiégée par les Britanniques du XVIème au XVIIIème siècle, elle se rendit indépendante en 1811, fut reprise en 1815 par les Espagnols, qui la perdirent définitivement en 1821. C'est à Cartagena que fut signé, en 1969, le Pacte andin, accord de coopération économique entre la Colombie, la Bolivie, le Chili, le Pérou et l'Équateur. 
Nous passons le temps à flâner dans les petites rues de la citadelle bordées de jolies maisons à étages aux balcons ouvragés et fleuris. La vieille ville renferme une université fondée en 1827, l'église San Juan de Dios et la cathédrale. Sur la place principale trône la statue de Christophe Colomb et de ses trois caravelles : la Pinta, la Santa Maria et la Niña. La vieille ville de Cartagena fait partie des plus belles villes que nous ayons visitées à ce jour avec Prague. 
Il est temps de commencer les démarches pour récupérer les véhicules. Le correspondant de Barwil en Colombie, King Océan ne nous est d'aucune utilité, si ce n'est pour nous retarder d'une demi-journée et nous ne devrons notre salut que grâce à la compétence et au dévouement de Nery, une jeune fille travaillant au port au service d'attention à la clientèle (voir page spéciale en cours). 
Lundi matin, après pas mal de tractations, nous pouvons commencer notre descente vers l'Equateur. Nicolas nous quitte au sud de Cartagena pour une route vers Bogota, nous le retrouverons au sud du pays. Nous roulons sur la Panaméricaine et découvrons rapidement les péages à répétition qui pullulent dans le pays, totalement injustifiés au vu de la route dans un état pitoyable. Les ordures et plastiques jalonnent l'itinéraire. Pour un peu, on se croirait revenus au Mexique et il faut attendre PuertoValdivia pour trouver quelque intérêt au paysage qui jusque là souffre de trois mois de sécheresse. 
A Puertro Valvidia, nous faisons la connaissance de deux policiers qui nous indique que région est « chaude ». De nombreux FARC occupent les montagnes et les accrochages sont nombreux. Deux de ses collègues ont été récemment assassinés dans l'attaque de leur véhicule à la grenade. Ils viennent chacun de villes lointaines pour de courtes périodes afin de ne pas faire peser de pressions, ou subir de représailles sur leurs familles respectives et il en va de même pour les soldats qui tiennent les postes de contrôle. 
Depuis l'Amérique centrale, nous roulons le matin et en début d'après midi nous nous arrêtons afin de choisir avec soin nos bivouacs : parkings gardés ou à proximité de la police ou des militaires. La route s'élève rapidement à mesure que nous nous enfonçons dans la Cordillère centrale. Nous traversons de petits villages accrochés à flanc de montagne, longeons un habitat d'une pauvreté extrême, souvent une simple toile de plastique soutenue par quatre piquets devant lesquels poireautent hommes et femmes. De quoi vivent-ils ? Il n'y a rien, que des montagnes déboisées à outrance. Il faut attendre les hauts plateaux de l'Antioquia pour trouver de belles prairies vertes et grasses où pâturent de beaux troupeaux de vaches laitières. Du coup, les maisons s'embellissent et les jardins s'ornent de fleurs. Ici, on vit bien ! Medellin approche. La route plonge dans la vallée encaissée et les maisons partent à l'assaut des pentes abruptes. Dans ces conditions, l'espace au centre ville est limité et malgré nos efforts pour trouver un stationnement, il faut se rendre à l'évidence et renoncer. Nous faisons toutefois un tour du centre ville encombré avant de reprendre la route du Sud. 
C'est ici que Vincent nous quitte, il veut rester un peu, histoire de voir. Nous continuons avec la famille Terrier en direction de l'Equateur. Nos routes se séparerons plus tard, peut être à l'entrée au Pérou. Nous reprenons de l'altitude et jonglons avec les cols sur une route torturée et éprouvante qui souvent culmine aux sommets des crêtes. Dans ces conditions il est utopique de penser parcourir plus de deux cents kilomètres par jour. Notre prochaine étape est pour la région de Popayán, la ville blanche. Nous testons le premier restaurant de bord de route. A Cartagena nous avions découvert la cuisine typique Colombienne, une cuisine peu raffinée et sans imagination. Nous ne sommes pas déçus. Du nord au sud, repas après repas, jour après jour, on vous sert toujours le même plat de viande grillée ou braisée accompagné de ses sempiternels haricots, riz et bananes frites. Quelle tristesse ! Les assiettes repartent pratiquement pleines sous le regard du patron qui s'interroge. Nous plongeons vers le haut plateau de Cali partagé entre prairies, maïs et immenses plantations de cannes à sucre. La récolte de la canne bat son plein et des convois de plusieurs remorques tirés par des camions l'amènent vers les raffineries. Nous contournons Cali et ses deux millions d'habitants qui ne nous attirent pas. 
Peu avant Popayán, nous bifurquons vers l'Est et quittons la Panaméricaine pour Silvia. Ce sera notre coup de cœur Colombien. La route s élève à nouveau et pénètre dans une belle région de collines verdoyantes où paissent de jolies vaches bien grasses. Les petits villages que nous croisons abritent de petites maisons agréables et fleuries qui propose à la vente fromage, yaourt et beurre. Nous sommes dans la « Suisse » sud américaine. Nous ne sommes pas venus ici pour les fromages mais pour rencontrer les indiens.... Nous nous garons sur la grande place du village, face à l'imposante église et déambulons dans les rues. Les indiens sont là, vêtu de leur habit traditionnel. Hommes et femmes portent fièrement leur chapeau melon et leur habit de coton bleu sur leur jupe largement fendu. C'est un des rares groupes ethniques du pays à avoir gardé ses coutumes Par deux ou trois, ils parlent au coin d'une rue, sur la place ou devant une boutique. Beaucoup rentrent du marché sur des bus surchargés. Miracle ! Nous goûtons avec plaisir un plat traditionnel préparé avec soin et le trouvons bon. 

Il est temps de repartir vers Popayán. Popayán, la ville blanche, a bien mérité son nom. Nous errons dans les rues animées du centre ville De nombreuses églises et bâtiments datant de l'époque coloniale et parfaitement entretenus jalonnent les rues bordées de maisons aux murs chaulés, dont un ancien couvent qui abrite aujourd'hui l'université de droit que nous visitons sous la conduite d'un guide, artiste à ses heures. 

Popayán annonce également la fin du haut plateau. Il nous faut à nouveau partir à l'ascension des cimes à prés de trois mille mètres. Nous roulons à présent dans un paysage de monts et collines dénudés où rien ou presque ne pousse. Sur le bord de la route, les femmes tendent la main dans l'espoir de récolter quelques pièces. Elles sont trop nombreuses pour que nous puissions nous arrêter et de temps en temps nous devons forcer les ficelles qu'elles tendent pour essayer de stopper les automobilistes qui comme nous ne ralentissent pas. Une fois de plus, nous constatons que la dramatique beauté du paysage avec ses monts escarpés et ses profondes ravines ne semble abriter que misère et détresse. 
Nous nous approchons maintenant de la frontière de l'Equateur après plus d'une semaine de descente avec un pays à la population contrastée et où les gens nous ont toujours surpris par leur amabilité et leur gentillesse, surtout les policiers et militaires, toujours près à nous rendre service, comme à ... où un policier à pris sa moto pour nous conduire à plusieurs kilomètres de son poste vers un stationnement particulièrement appréciable. Le seul moment où nous aurions pu avoir peur, c'est lorsque nous avons lu les recommandations du ministère des affaires étrangères, mais nous sommes habitués depuis longtemps à ses lignes pessimistes et effrayantes pour en tenir compte complètement. Avec un minimum de prudence et d'attention, la Colombie s'avère être une belle destination. |