Monday, 15 February 2010
Equateur : du 3 février au 12 février 
Nous venons de passer la frontière et roulons maintenant dans la continuité de la Colombie voisine. Contrairement à ce qui avait été dit sur certains guides touristiques à propos d'une frontière encombrée et bruyante, nos sommes surpris par la sérénité des lieux et le calme côté Equatorien. Ici pas de « guides » comme en Amérique centrale, qui moyennant quelques pièces vous « aide » à franchir les labyrinthes administratifs quelquefois compliqués. Les formalités se déroulent dans la décontraction et la bonne humeur d'un douanier pas stressé du tout. Les premiers tours de roues accomplis et nous sommes déjà à trois mille trois cents mètres d'altitude et bifurquons vers la localité de Tulcán. Là un jour, dans le cimetière, un homme à commencé à tailler une haie de thuyas en forme d'animal. Depuis, d'autres hommes ont pris le relais et les tombes et niches d'urnes funéraires sont aujourd'hui bordées d'allées issues d'un monde imaginaire. 
Nous poursuivons notre route vers le sud sur une panaméricaine irréprochable, logée au fond d'une haute vallée encadrée de hauts sommets volcaniques que les hommes cultivent jusqu'à des hauteurs ahurissantes. Sous ces latitudes, la pomme de terre est reine et se décline sous diverses variétés qui encombrent les trottoirs des marchés. Dans ces conditions, difficile d'y échapper dans les menus que proposent les petits restaurants où, délicieux veloutés, frites ou autres patates bouillies sont généralement servis en accompagnement. Cela nous change agréablement des sempiternels haricots Colombiens. 
Comme une bonne nouvelle n'arrive généralement jamais seule, elle est accompagnée des prix du diesel à la pompe qui ne dépasse pas les dix huit centimes d'euro par litre. Les prix les plus bas du parcours après les imbattables un centime de dollar Iranien. 
Otavallo est notre première grande étape. Sur la place centrale se tient les matins un marché de l'artisanat où les amérindiens des villages environnants viennent tenter d'écouler leur production de couvertures, tapisseries, cachemires légers ou autres bois sculptés. Nous déambulons dans les allées vides de touristes et vides tout court. Procédons à quelques menus achats après un marchandage rapide et bon enfant, avant de pénétrer dans le marché couvert local. Si la Colombie était pauvre en légumes, ce n'est pas le cas ici et nous trouvons rapidement notre bonheur dans les étalages de fruits et légumes nombreux et variés. Un petit tour au rayon viandes et le cabas est plein et nous pouvons quitter les lieux, direction le lac volcanique de Cuicocha à une trentaine de kilomètres de là avec un arrêt à Cotacachi, le haut lieu de l'artisanat du cuir en Equateur. Masya en profite pour acquérir un nouveau sac à main quant à moi, je ne trouve pas mon bonheur pour remplacer mon portefeuille vieillissant parmi les centaines de porte-cartes dans lesquels aucun papier d'identité ne rentre. Dommage ! 
Après une nuit à trois mille cinq cents mètres sur les bords du lac Cuicocha, nous prenons la direction de Quito avec une halte à Mitad del Mundo. 
Nous sommes pile poil à la latitude 0°, l'équateur. La localité de Mitad del Mundo a su profiter de ce détail géographique pour construire un lieu touristique, en fait le lieu le plus visité du pays. Pourtant il n'y a pas grand-chose. Quelques locaux abritent de petites expositions diverses : insectes ou peintures espagnoles et même une exposition financée par l'ambassade de France sur l'espace. La principale curiosité réside dans le fait qu'il y a deux lignes figurant la latitude zéro. Business oblige ! Sur la latitude 0 GPS, se tient un petit musée où l'on vous montre l'inversion de rotation de l'eau selon dans quel hémisphère on se trouve, l'œuf qui tient sur un clou etc...de quoi passer un petit moment sympa. 
Quito est une grande ville logée dans une cuvette qui s'étire sans fin sur des dizaines de kilomètres. Il nous faudra près de trois heures pour la traverser. Les rues de la vieille ville sont bordées de quelques jolis bâtiments et d'une belle cathédrale. Nous ne faisons que passer et roulons vers Banos de Santa Agua plus au sud sur une panaméricaine très urbanisée. Les montagnes et volcans élevés jalonnant la vallée, obligent les habitants à se regrouper dans la plaine laissant les flancs de montagne aux cultures omniprésentes. Profitant d'un climat très favorable, les équatoriens travaillent comme des fous et les marchés croulent sous les fruits et légumes. Un autre changement notoire avec la Colombie voisine, tient à la morphologie des gens. L‘influence espagnole est ici peu marquée et les gens dans leur majorité sont restés ce qu'ils devaient être avant l'arrivée de Colon : petits et trapus, le cheveu raide et noir et le nez camus. 
La petite localité balnéaire et thermale de Banos se signale longtemps à l'avance par les épaisses volutes de fumée et de cendres projetées haut dans le ciel par le volcan Tungurahua, hyper actif et menaçant. Devant la menace, les habitants de la région ont déjà été évacués et sont revenus, contraints par les militaires qui, chargés de la garde des biens, pillaient en fait les maisons. Ils vivent avec cette crainte de coulée de lave bien réelle qui d'après les experts recouvrirait la ville en quinze minutes. Nous photographions le canyon le plus impressionnant que nous ayons vu à ce jour au fond duquel grondent des eaux limoneuses. Un peu plus loin quelques personnes traversent le rio à une vitesse vertigineuse, suspendues par un harnais à un câble. La mauvaise nouvelle arrive un peu plus tard, la route sud reliant Banos à la panaméricaine à été coupée par un glissement de terrain et nous devons revenir sur nos pas jusque dans les faubourgs de Ambato pour pouvoir repiquer vers Riobamba. 
A Riobamba, nous attendons longtemps Ludovic et sa famille qui arrivent enfin avec une autre mauvaise nouvelle. Sa pompe à eau fuit énormément. Il ne peut pas continuer comme ça. Nous nous garons pour la nuit et attendons le lendemain pour faire réparer. Visite au garage et diagnostic prévisible : la pompe est foutue, il faut la changer. A la concession Toyota, la pièce ne sera disponible que dans vingt quatre heures si toutefois c'est la même. La photo est ressemblante mais la référence est différente. Nous ne pouvons pas attendre, le temps défile rapidement, aussi nous disons au revoir à Ludo et sa famille. Ils nous rejoindront plus tard, peut être. Le lendemain, nous reprenons seuls la route vers Ingapirca. C'est le plus grand site Inca du pays et surtout le mieux conservé. La route s'élève à nouveau et nous croisons beaucoup de paysans à l'œuvre dans leurs champs pentus. Les uns travaillent à la houe, tandis que d'autres labourent la terre fertile avec un araire en bois tiré par un buffle. Ils sont nombreux dans chaque parcelle a travailler du lever au coucher du soleil. Bientôt nous roulons dans les nuages et la visibilité devient nulle ou presque. Dans ces conditions, nous mettons près de cinq heures pour boucler les deux cents kilomètres et rejoindre le site.
D'Ingapirca il ne reste en fait que peu de choses. Quelques traces de fondation matérialisées par de bas murets et le château, un édifice oblongue restauré joliment, le tout dans un cadre magnifique surplombant la vallée parsemée de petits hameaux. C'est la première fois depuis que nous sommes en altitude que nous en ressentons les effets. Nous progressons le souffle court, avec par moments la nécessité d'inspirer l'air violemment, comme si nous sortions d'une trop longue apnée. Cela constitue un bon entrainement pour le futur Machu Picchu. 
Nous quittons le site sous une pluie fine et froide en direction de Cuenca. Cuenca à la réputation de faire partie des plus belles villes d'Amérique du sud et ne l'usurpe pas. Peu avant de partir à la découverte de la ville, nous avons la surprise de voir arriver un camping car blanc et vert. La famille Terrier nous rejoint. En fait, seul un joint de la pompe avait cassé et la réparation fut rapide. Tant mieux.  La ville est logée au fond d'une profonde et riche vallée arrosée par quatre petites rivières. Son centre historique colonial, classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, renferme une très belle architecture dans un vaste espace animé et commerçant où nous prenons beaucoup de plaisir à flâner. Les édifices religieux nombreux, dont la splendide cathédrale de l'immaculada, toute de marbre rose et aux splendides vitraux de paysages andins recouverts de neige sous les astres scintillants, dominent la ville de leurs hauts clochers. Une visite au musée privé des cultures aborigènes qui renferme une riche collection d'objets et de poteries de différentes époques, datant de 14000 ans avant J.C à 1500 ans de notre ère, avant une halte rafraichissante dans un salon de thé où nous dégustons de bonnes et grosses glaces et nous terminons notre balade par une visite à la casa del sombrero, petite boutique où sont fabriqués les fameux chapeaux Panama au nom si trompeur, qui en réalité sont bien originaires de l'Equateur et non du Panama et les chapeaux Cuenca, plus rustiques. 
Ces chapeaux d'une grande finesse sont réalisés sur place avec une paille provenant des feuilles séchées du Jipijapa, qui ressemble au palmier, et qui pousse dans les forêts qui longent la côte nord-ouest de l'Équateur. 
Alberto Pulla nous fait visiter sa boutique. Depuis quelques années, il ne parle plus, mais nous nous comprenons. Ses mains sont usées et tannées par les longues années à lisser la paille. Après quelques achats modérés, certains chapeaux atteignant les cinq cents dollars, nous nous séparons et regagnons nos maisons à roulettes pour les deux dernières étapes dans ce beau pays qui nous mèneront vers la frontière du Pérou par une route de montagne dangereuse. A Catamayo, au sud de Loja, nous quittons sans nous en rendre compte la Panaméricaine et nous nous enfonçons dans la montagne par une petite route, qui nous donne l'occasion, soit-dit en passant, de notre plus beau bivouac en Equateur, au bord d'une petite rivière dans un endroit calme et paisible au fond d'une vallée entourée de hauts sommets. 
Les excès sont souvent préjudiciables et ici, comme dans tout le pays que nous avons parcouru, l'excès c'est de trop travailler une terre pentue argilo sablonneuse, au détriment de la forêt trop souvent absente. Dans ces conditions, soumise à de fortes précipitations, les glissements de terrain sont nombreux et impressionnants. Nous longeons des abimes noyés dans les brouillards humides sur des restants de route étroits et boueux sur lesquels les véhicules glissent. C'est en guettant les falaises qui nous surplombent pour détecter d'éventuels signes avant coureurs que nous arrivons enfin à Macara, la petite ville frontière que nous avons choisie pour pénétrer au Pérou. |