Thursday, 20 May 2010
Argentine dernière : Du Perito Moreno à Buenos Aires 
La galère ! Cela fait quatre jours que nous avons quitté Ludo et Jérôme pour monter à Valdez voir les pingouins qui n'y sont peut être déjà plus, mais tant pis, nous n'aurons pas de remords, quatre jours que nous avons rejoins la côte atlantique et que nous luttons contre le vent, un vent violent qui souffle du sud ouest à plus de cent vingt kilomètres par heure et qui couche le camping car. Je conduis avec le volant braqué avec un angle de vingt degrés à gauche pour en compenser les effets. Sur le toit, j'ai dû sangler l'antenne satellite et les lanterneaux (fenêtres) qui menaçaient de s'arracher. A Puerto San Julian, nous rencontrons par hasard Patrice et sa famille qui descendent comme des fous à Ushuaia. Nous les avions quitté à Uyuni en Bolivie. Ils ont pris du retard et tentent de le rattraper. Nous leur souhaitons bonne chance en espérant que le temps leur sera clément. Un petit arrêt ravitaillement à quelques kilomètres de Punta Tomba nous donne le moral. D'après le pompiste il doit rester des pingouins. Nous y arrivons de nuit et nous installons à côté de la maison du ranger. Tout semble désert, pas de bonne augure. Au petit matin nous nous préparons tout excités et rencontrons le ranger qui est arrivé dans la nuit. Douche froide ! Le dernier pingouin a quitté la colonie, la plus importante d'argentine, il y a quelques jours seulement. Il n'y a plus rien à voir. Demi-tour direction Punta Loma à quelques kilomètres de Puerto Madryn. Nous nous installons pour l'après midi au dessus d'une colonie d'otaries qui a élu domicile sur la grève sous une falaise. Elles nous gratifient de ballets aquatiques impressionnants, quelle aisance dans les figures. Une mère rentre de la pêche et appelle son petit resté sur la grève, c'est l'heure de la leçon de natation. Le petit attend, il a faim. La mère intransigeante ne sort pas de l'eau et au bout d'une minute le petit la rejoint dans moins d'un mètre d'eau et c'est parti pour cinquante mètre de nage saccadée. Par moments le jeune tente de grimper sur le dos de la mère qui le repousse. Il avance comme un chien. Ouf la leçon est terminée et le petit a droit à sa récompense : une bonne tétée. Et moi qui pensais que la nage était innée chez les otaries. Ce soir je me coucherai moins ignorant. Au loin, quelques pingouins lissent leurs plumes. A cette époque ils ont quitté la terre ferme pour vivre dans l'eau et n'y reviendront que pour la prochaine nichée. 


Malgré l'absence de pingouins nous décidons d'aller à quand même à Valdes, on ne sait jamais. La péninsule abrite sur ses côtes de nombreux animaux marins. A la pointe nord, nous surplombons deux troupeaux d'otaries et avons sympathisé avec deux ou trois tatous qui nous suivent partout. Marrant ces petites bestioles ! Nous attendons le temps de la marée haute car avec un peu de chance nous pourrons apercevoir des orques venir chasser l'otarie. Nous n'avons pas de chance ! 

Plus au sud, un endroit est réputé pour abriter une colonie de pingouins, nous nous y rendons bien que le ranger nous ait dit que le dernier pingouin a quitté la terre il y a quatre jours. A première vue rien, la falaise est vide, mais en regardant bien les petits buissons, je remarque une tache noire et blanche. Serait-ce ce fameux pingouin qui serait revenu à l'insu des gardes. Nous bravons un interdit et franchissons les barrières et dévalons rapidement la pente abrupte percée des dizaines de trous que les pingouins ont creusés pour pouvoir y pondre tranquillement, ils sont encore tapissés d'un duvet d'une extrême douceur. J'en prends sans hésiter une bonne poignée souvenir. Au point où nous en sommes... 
C'est bien lui, nous le découvrons tout timide sous le buisson. Il nous dévisage avec un petit air tout mignon. Séance photos immédiate à laquelle il se prête volontiers. Nous aimerions le caresser mais nous nous en abstenons et nous nous éloignons pour ne pas trop le déranger. Pourquoi n'est il pas parti avec le gros de la colonie ? Mystère ! Un peu plus au sud, nous regardons de loin une colonie d'éléphants de mer qui lézardent sur la plage. Nous sommes trop loin, bien trop loin, mais ce n'est pas grave, nous avons encore le souvenir des centaines d'éléphants de mer de Californie que nous avions approchés à deux ou trois mètres. Un renard nous accompagne pour le retour vers le véhicule. 
Il est temps de reprendre la route. Iguaçu est encore loin. Aujourd'hui un changement est apparu dans le paysage, l'herbe en touffes à moutons et la rocaille ont disparu progressivement du paysage pour laisser place à un maquis bas et buissonneux. Nous franchissons le rio Colorado et pénétrons dans la pampa, vaste plaine du centre du pays, plus grande que notre pays, à l'herbe drue et haute qui abrite une grande partie du cheptel bovin argentin. Adieu Patagonie ! Depuis trois jours, quelques simples pressions sur le volant sont suffisantes pour abattre les étapes journalières de quatre cents kilomètres. A la platitude du paysage s'allie la rectitude la route pour rendre les journées ennuyeuses, soporifiques. Au loin, nous pouvons apercevoir la ligne de circonférence de la terre, comme si nous nous trouvions en mer. A mesure que nous nous approchons de la province de Buenos Aires, l'immensité céréalière se dévoile. La récolte du maïs et du sorgho bat son plein et les troupeaux de centaines de magnifiques bêtes pâturent les chaumes qui ont été broyés après récolte. Rien ne se perd. 

A Rosario, première grande ville argentine que nous rencontrons, nous touchons une partie de la misère. Fini la Patagonie et ses petits villages tranquilles où chacun à ses occupations, ses bêtes et son repas assuré. Le périphérique longe un grand bidon ville de cabanes de planches et de tôles. Les barres grises d'immeubles clapiers s'alignent un peu plus loin, tandis que les gens pique-niquent sur la bande de verdure coincée entre périphérique et nationale. C'est dimanche et les gens profitent de cette journée ensoleillée. Un grand pond suspendu enjambe le fleuve Paraná qui déborde largement de son lit, transformant une grande partie de la région en gigantesque Camargue que nous traversons sur une route surélevée. 
A mesure que nous nous enfonçons dans la province de Corrientes, la forêt fait son apparition. Depuis Ushuaia, nous n'en avions plus vu. Ici la forêt est artificielle, d'immenses parcelles sont plantées de sapins et d'eucalyptus. Le bois servira au bâtiment, à l'industrie et à fournir les innombrables piquets du pays. Il faut attendre la province de Misiones pour trouver la vraie forêt, dense et multiple, une sorte de jungle que les argentins exploitent à fond. Les scieries se suivent sur la route, approvisionnées par la ronde de camions, pliants sous les lourdes charges. Misiones, c'est dans cette étroite province, coincée entre Brésil et Paraguay que ce sont installés les jésuites au XVIIème siècle après avoir fuit l'actuel Brésil ou ils étaient l'objet d'attaques des bandits et chasseurs d'esclaves. Nous nous arrêtons à San Ignacio pour visiter les ruines de la mission. Situé sur les berges du fleuve Paraná, ce village d'Indiens guaranis a comme objectif, lors de sa fondation par la Compagnie de Jésus dans les années 1630, l'établissement d'une organisation politique, sociale et économique nouvelle, qui a pour conséquence de bouleverser toutes les structures culturelles et sociales des indigènes. Les jésuites se consacrent néanmoins à la protection des Indiens, et ce jusqu'au XVIIIème siècle, face à la domination des conquistadores puis des colons de la région, qui voient remettre en cause le concept de contrôle du territoire et de ses habitants jusque-là en vigueur. L'ensemble architectonique, réalisé en arsenic rouge qui lui confère sa couleur caractéristique et basalte, a été déclaré Patrimoine de l'Humanité en 1983. Même si plusieurs missions quadrillent cette région, les ruines de San Ignacio sont les mieux conservées et font l'objet d'une restauration permanente. 

Nous passons la nuit dans un parc national en compagnie de Sébastien, Claire et de leurs trois enfants que nous avons rencontrés la veille. Le matin nous nous baladons dans la forêt et admirons le fleuve Paraná qui s'écoule paisiblement à nos pieds. De l'autre côté c'est le Paraguay. 
Il ne nous reste plus que quelques dizaines de kilomètres pour rallier les chutes d'Iguaçu. Iguaçu et le Périto Moreno, les deux merveilles du pays s'il n'y avait que deux sites à voir dans le pays, ce serait ces deux là incontestablement. Il a beaucoup plu les jours précédents et le niveau de l'eau est haut, tellement haut que l'île San Martin qui se situe au milieu du cirque et normalement accessible est fermée. 

Le petit train nous dépose au pied de la passerelle et nous voilà partis pour une balade d'un kilomètre sur le fleuve Iguaçu jusqu'à la chute principale : el garganta del diablo. Un bruit assourdissant nous accueille tandis que les embruns nous fouettent le visage. Il faut guetter les changements de direction du vent pour sortir caméra et appareil photo. Sur un arc de cercle de plus de six cents mètres, le fleuve aux eaux ocre chute dans le vide d'une hauteur de quatre vingts mètres, mais c'est du circuit inférieur que nous avons la meilleure vue. Nous embrassons la totalité des quatre kilomètres des chutes du regard, gigantesque ! De plus, la chance est avec nous et un beau soleil inonde la région faisant apparaître des dizaines d'arcs en ciel éphémères. Nous avions vu Niagara, mais aucune mesure entre les deux chutes. Autant les premières sont policées et régulières, autant les secondes sont changeantes et sauvages, allant même jusqu'à faire fermer le site lorsque leur débit est trop grand, ce qui fut le cas quelques jours avant notre arrivée. 


Iguaçu c'est aussi un parc plein de vie. Tout autour, la forêt subtropicale humide renferme plus de deux mille espèces de plantes et abrite une faune typique de la région : tapirs, fourmiliers géants, singes hurleurs, ocelots, jaguars, caïmans. Nous ne verrons que quelques coatis (sorte de raton laveur), qui se régalent de pamplemousses qu'ils montent décrocher au plus haut des arbres et d'une myriade de papillons aux couleurs chamarrées. 
Nous sommes pratiquement au terme de notre voyage et il ne nous reste plus qu'à rejoindre Buenos Aires pour la partie paperasse qui précède tout embarquement. Pour se faire et éviter de rouler sur nos pas, nous choisissons une route plus à l'Est qui traversera le sud du Brésil et l'Uruguay, deux nouvelles étapes à ajouter à notre périple. |